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CRI D'ARMES ET DEVISE


CRI D'ARMES OU CRI DE GUERRE

Le cri de guerre est placé au-dessus des armoiries du chef de la famille; il lui est propre, et les cadets ne l'ont pas. Le cri de guerre est aussi nommé cri d'armes.

Le cri de guerre ou d'armes remonte, comme le blason, suivant les anciens héraldistes, à la plus haute antiquité. Le cri de guerre de l'armée de Gédéon, dans le combat qu'il donna contre les Madianites, était : Domino et Gedeoni. Joseph Acosta dit qu'à la bataille que les Mexicains livrèrent aux Tapanegues, sous la conduite du roi Iscoalt, ils crièrent tout d'une voix: Mexique, Mexique.

Il y a plusieurs sortes de cris d'armes, et entre autres le cri d'invocation, le cri de résolution, celui de désir, celui d'exhortation et le cri du nom, c'està-dire cri de ralliement. Il fallait être gentilhomme pour avoir un cri, car le cri mit la bannière, et les gentilshommes seuls ont le droit de porter bannière aux tournois et aux combats. Il y a une variété infinie de cris. Les uns crient leur nom propre, d'autres celui de leur maison; les citoyens d'une ville, le nom de cette ville. Notre-Dame de Bourgogne est un cri d'invocation; celui de Godefroi de Bouillon, Dieu le veut, est un cri de résolution; l'ancien cri de guerre de nos rois, Montjoie et saint Denis, est un cri de ralliement et d'invocation; nos anciens rois avaient saint Denis pour patron et portaient son image sur leur bannière; l'armée devait la suivre partout; elle était le jalon qui leur indiquait la route. Or en ce temps-là les bornes indicatives qui aidaient au voyageur à reconnaître son chemin étaient des tas de pierres, qu'on nommait montjoies.

DEVISE

La devise s'écrit au bas de l'écu. C'est la remembrance d'un nom, d'une seule ou de plusieurs actions mémorables.

Il y a dans la devise le corps et l'âme, ou plutôt le mot et la pensée. La devise est souvent allégorique, et l'on en trouve même qui ne sont composées que d'une seule lettre.

Le blason plaisait comme énigme, les devises comme équivoque. Leur beauté principale résulte des sens multiples qu'on y peut trouver.

Parfois la devise était l'explication de l'emblème armorial, souvent une allusion à une particularité - intéressante pour le seigneur.

Un de Vergy, qui possédait les terres de Valu, Vaux et Vaudray, avait pris pour devise : J'ai Valu, Vaux et Vaudrai.

Les Quelen, dont le nom bas - breton signifie houx, adoptèrent ces mots de la vieille langue armoricaine : Enper emser quelm (le houx est toujours vert).

Marguerite de Provence, la vertueuse compagne de saint Louis, avait pour emblème une reine-marguerite et ces mots: Reine de la terre, servante de la reine du ciel. La remuante et guerrière famille des Guises arborait des A dans des 0, ce qui se traduisait par : chacun A son tour (chaque A son 0.) Ce chiffre parlant passa depuis en proverbe : on disait communément : C'est la devise de Monsieur de Guise, chacun à son tour. Et l'on sait que sans l'assassinat dont Henri III s'est souillé aux états de Blois, ces princes ambitieux montaient peut-être à leur tour sur le trône de France. La maison de Senecey portait: In virlute et honore senesce.

Devise des Saint-John : Data fata secutus, j'ai suivi mon destin.
Des Saltoun : In God is ail, tout en Dieu.
Des Byrons: Croys Byrons.

On lit encore en France au-dessus du guichet de la prison de la maison seigneuriale de Tourville: Sileto et spera.
 
En Irlande, sur l'écusson qui surmonte la grande porte du château de Fortescue: Forte scutum, salus ducum.

En Angleterre, sur l'entrée principale du manoir hospitalier des comtes Cowper: Tuum est.

Beaucoup de devises affichaient un orgueilleux défi, une franche et brusque déclaration d'hostilité au premier venu. C'étaient comme des menaces hautaines que justifiaient l'héroïsme et l'audace. Dans un carrousel, un jeune seigneur aussi ambitieux que brave avait pris pour devise une fusée en l'air, avec ces mots:

Je veux bien durer peu, pourvu que je m'élève.

Dès le XIIe siècle, les sires de Créqui portaient sur leur écu un buisson épineux et au-dessous : Que nul ne s'y frotte.

Les princes d'Orange Nassau, parvenus à force de persévérance à s'asseoir sur les trônes de Hollande et d'Angleterre, avaient pris pour devise: Je maintiendrai; et ils la conservent encore de nos jours, bien que des événements récents en aient un peu compromis l'exactitude, car le roi des Pays-Bas n'a pas su maintenir la Belgique.

Voici une devise non moins orgueilleuse:

Je ne suis roy, ne duc, ne prince, ne comte aussy,
Je suis le sire de Coucy.

C'est celle que transmit à ses descendants le célèbre Enguerrand III de Coucy, un des plus puissants barons de Philippe-Auguste, de Louis VIII et de saint Louis.

Celle des Rohan respire la même fierté:

Prince ne veux, roi ne puis,
Rohan suis.

Citons encore celle de César Borgia: Aut Cœsar aut nihil; et celle de l'empereur d'Allemagne, Frédéric III, qui avait pris pour devise les cinq voyelles a, e, i, o, u, qu'il expliquait ainsi : Austriœ est imperare orbi universo.

La devise des Bourbons offrait un augure de la haute fortune de cette maison; c'était une épée avec ce mot: Penetrabit (elle entrera).

Celle du duc de Bourgogne fait penser: « J'ai hâte. » Hâte du ciel ou du trône? Cette maison de Bourgogne, si grande, si tôt tombée, semble dire ici son destin.

Blanche de Castille, la mère de saint Louis, avait fait choix d'une fleur de lis naturelle, appliquée sur un champ semé de lis héraldiques et accompagnée de ce mot de la sainte Ecriture: Un lis entre les lis.

J'aime encore le vague de la légende des seigneurs de Brimai: Quand sera-ce? et l'excitation chevaleresque du Vas outre! de Villiers de l'Isle-Adam, le célèbre grand - maître de l'ordre de Malte.

Mais je ne connais guère de devise plus triste et plus indigne d'un homme de cœur que celle-ci: A l'impossible nul n'est tenu. On la trouve inscrite au-dessous d'un chameau succombant sous le faix. Elle appartenait à l'infâme Jean de Ligny, qui, séduit par l'or anglais, acheta Jeanne d'Arc prisonnière pour la livrer à ses bourreaux. Ne dirait-on pas qu'en faisant peindre cette devise sur ses armes il ait senti sa misère et prévu sa lâcheté?

Tous les écussons n'offraient pas de belliqueuses sentences : maintes fois le galant chevalier recevait sa devise des mains de la dame de ses pensées. Ainsi un doux souvenir se rattachait sans doute à l'inscription armoriale des La Trémoille: Ne m'oubliez! et à celle des comtes d'Estaing, qui, au xive siècle, portaient au-dessous d'une touffe de lis et de roses : tots por eulx, tots por elles ! (tout pour eux, tout pour elles.)

Lors de l'arrivée à Paris de Maria Leckzinska, femme de Louis XV, un comte d'Estaing ressuscita cette vieille exergue de ses ancêtres. La galanterie fut trouvée charmante, et la reine ne put se douter qu'elle n'en avait pas les prémices.

Louis XI, n'étant encore que dauphin, parut au siége de Compiègne avec un moult bel etendart tout battu a or, ou avait un K, un cygne et une L. La cause estoit pource qu'il y avoit une demoiselle moult belle en Postel de la reyne qu'on nommait Cassinelle, de laquelle le dit seigneur estoit lors cnamouré.


Sources :
Traité complet de la Science du Blason, J. d'Eschavannes - 1885
Noblesse, blason, ordre de chevalerie : manuel héraldique, E. Dentu - 1859
Trésor héraldique, A. de La Porte - 1864

Histoire du blason et science des armoiries, par Gabriel Eysenbach - 1848


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